IA à l’école : pas de formation de qualité sans enseignants qualifiés, selon Talents du Numérique

Le ministère de l’Éducation nationale veut consacrer, dès la rentrée 2027, une heure hebdomadaire à l’intelligence artificielle pour tous les élèves de seconde. Mais, alors que l’ambition est affichée, aucun recrutement d’enseignants certifiés spécifiquement en informatique n’est prévu cette année. Pour Talents du Numérique, think tank national réunissant 60 établissements d’enseignement supérieur et 2 850 entreprises du numérique, cette contradiction pose une question simple : comment former les élèves à l’IA sans les moyens consacrés à sa mise en œuvre ?

Une ambition pour l’IA, mais pas les enseignants formés pour la porter

Talents du Numérique a salué l’ambition du ministre autour de l’intelligence artificielle. Celle-ci n’est pas une simple nouvelle technologie qu’il suffirait d’apprendre à utiliser : comprendre ce qu’elle fait, ses possibilités comme ses limites, questionner ses résultats, identifier les biais, comprendre les données et les algorithmes qui la sous-tendent suppose une véritable culture informatique. Le corollaire de cette mesure doit être de renforcer les compétences et les moyens humains consacrés à l’informatique dans l’Éducation nationale.

Or, le concours externe « numérique et sciences informatiques » (CAPES, pour les étudiants Bac+5) n’est pas ouvert cette année. Peu de recrutements d’enseignants certifiés spécifiquement en informatique sont donc prévus.

« On ne peut pas annoncer un développement important de l’enseignement de SNT (Sciences Numériques et Technologie) sans disposer à terme d’un corps d’enseignants spécifiquement formé et constitué pour cela. Rappelons que SNT et l’enseignement de spécialité Numérique et Sciences informatiques sont d’ores et déjà loin d’être assurées uniquement par des enseignants spécialistes, formés à l’informatique, ayant le CAPES et l’Agrégation — situation déjà dénoncée par Talents du Numérique. »

— Jonathan Amar, président de l’association

L’acculturation à l’IA ne peut être une opération de communication : elle doit être un enseignement exigeant, progressif et fondé sur une véritable culture scientifique et informatique.

Le risque d’une « heure d’IA » réduite à une variable d’ajustement

Faute d’enseignants suffisamment formés à l’informatique, le risque est de voir cette heure confiée à des enseignants dont ce n’est pas le domaine d’expertise, au gré des ressources disponibles dans les établissements. Une telle situation ferait de l’IA une variable d’ajustement des emplois du temps plutôt qu’un véritable enseignement.

Un message désastreux envoyé aux futurs enseignants d’informatique

Cette situation interroge aussi les étudiants qui ont choisi de se former à l’informatique et souhaitent devenir enseignants. Si les perspectives de recrutement ne sont pas à la hauteur des besoins annoncés, les conséquences pour les étudiants de Licence ou de Master ne sont pas anodines. La réforme actuelle des concours permet désormais de présenter le CAPES dès le niveau bac+3 : une part importante des candidats titulaires d’un master pourrait ainsi se reporter vers le concours ouvert au niveau licence, créant une concurrence disproportionnée avec les étudiants auxquels ce concours est destiné.

« Alors que la France affirme avoir besoin de davantage de compétences numériques et que l’École doit préparer tous les jeunes à l’ère de l’intelligence artificielle, nous risquons de décourager celles et ceux qui ont précisément choisi de devenir les enseignants dont nous avons besoin et de mettre un sérieux coup de frein à la construction d’un corps d’enseignants dédiés, répartis de manière équilibrée dans tous les territoires. »

— Jonathan Amar

Former et recruter les enseignants sur concours avant de former les élèves

Talents du Numérique appelle le ministère à mettre en cohérence ses annonces et sa politique de recrutement. L’association demande notamment :

  • un plan pluriannuel de recrutement d’enseignants spécialisés en informatique sur concours (CAPES et Agrégation), cohérent avec le déploiement de l’enseignement de l’IA et avec la généralisation de l’enseignement de spécialité Numérique et sciences informatiques dans l’ensemble des lycées en France ;
  • une véritable stratégie de formation des enseignants, permettant à ceux qui enseigneront l’IA de maîtriser les fondamentaux de l’informatique et de l’intelligence artificielle ;
  • une clarification des perspectives offertes aux étudiants de master souhaitant devenir enseignants d’informatique ;
  • un suivi précis des conditions réelles de déploiement de « l’heure » d’IA dans les établissements ;
  • la garantie que l’enseignement de l’IA ne devienne pas, faute de ressources humaines, une simple variable d’ajustement des services des enseignants.

« Il en va de la crédibilité de l’ambition affichée pour l’intelligence artificielle à l’École — et plus largement de la place que nous voulons donner à l’informatique dans l’éducation de nos enfants. »

— Jonathan Amar, président de Talents du Numérique